Une équipe de scientifiques s’est chargée de la mission suivante : éliminer les causes de la myopathie de Duchenne, une maladie rare qui affecte les muscles des jeunes enfants. Pour ce faire, ils ont utilisé CRISPR-Cas9, un outil lui permettant d’éditer génétiquement les cellules de l’Homme.

 

La myopathie de Duchenne, une maladie rare qui détruit les muscles

Si elle ne touche annuellement que 150 à 200 nouveaux nés essentiellement garçons en France – et quelques 2500 personnes au total – la myopathie de Duchenne n’en reste pas moins une maladie rare dévastatrice. Elle provoque une dégénérescence progressive de l’ensemble des muscles de l’organisme.

D’origine génétique, la myopathie de Duchenne est due à une anomalie dans le gène DMD, présent sur le chromosome X. Cela entraîne une absence de la dystrophine, une protéine responsable de l’architecture cellulaire des fibres musculaires. Sans dystrophine, ces fibres s’usent très rapidement et les garçons touchés par la maladie présentent, dès l’âge de 3 ans, des difficultés qui se propagent au fur et à mesure dans tous les muscles. En résultent des problèmes pour respirer, digérer… Le décès survient généralement dès le début de l’âge adulte.

La myopathie de Duchenne touche essentiellement les jeunes garçons.

 

Le CRISPR, outil de réparation massive

Afin de combattre cette terrible maladie, des chercheurs de l’École médicale de Sud-ouest de l’Université du Texas et de l’Université de Göttingen ont utilisé la technologie du CRISPR Cas9. Si cet acronyme pour « Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats » ne vous dit rien, c’est normal : le CRISPR est un outil de modification du génome (un ensemble de molécules) qui permet de modifier l’ADN d’animaux, ou d’êtres humains.

En associant un brin d’ARN (de l’ADN à une seule hélice) au Cas9 (une enzyme spécialisée pour couper très précisément l’ADN), les chercheurs peuvent alors inactiver un gène, le remplacer ou le modifier. La technique est considérée comme tellement efficace qu’elle équipe désormais plus de 3000 laboratoires dans le monde ! Les possibilités d’une telle technologie sont presque infinies, à un tel point qu’elle attire la crainte de certains membres de la CIA…

 

Déjà utilisé sur des rongeurs

Déjà utilisé pour modifier des cellules de rongeurs atteints de la maladie, le CRISPR-Cas9 est aujourd’hui testé sur l’Homme. Dans une étude publiée dans la revue Science Advances le 31 janvier 2018, l’équipe de chercheurs se targue d’avoir réussi à combattre la myopathie de Duchenne.

Après avoir prélevé des cellules souches sur des patients, les scientifiques les ont cultivées pour qu’elles produisent du tissu cardiaque. Dans la vidéo visible juste ci-dessous, l’on peut voir que le travail de l’équipe est remarquable !

Si l’image de gauche montre un tissu cardiaque totalement normal, fabriqué en laboratoire à partir de cellules souches saines, l’image du milieu dépeint un autre tissu cardiaque, lui aussi construit par les scientifiques, mais issu des cellules d’un patient atteint de myopathie de Duchenne. Comme nous pouvons le voir, le tissu présente de grandes difficultés à se contracter. Mais la dernière image, à droite, présente un tissu cardiaque défaillant réparé par le CRISPR. Il se contracte presque normalement !

Une technique déjà utilisée sur les rongeurs.

 

3 000 mutations à réparer

La myopathie de Duchenne n’est pas une maladie comme les autres : elle affecte le gène DMD et lui apporte plus de 3 000 mutations. C’est à cause de ces dernières que les enfants atteints de la dégénérescence ne produisent plus de dystrophine. Fort heureusement, « la plupart de ces mutations sont regroupées autour de zones sensibles », déclarent les chercheurs. Il suffit donc aux scientifiques d’identifier ces zones pour se débarrasser de nombreuses mutations d’un coup.

« La myopathie de Duchenne est un parfait exemple du type de maladies qui peuvent à terme être guéries par l’édition génétique. Il y a plus de 3 000 mutations différentes sur le gène de la dystrophine à l’origine de la myopathie de Duchenne, et en les corrigeant par CRISPR-Cas9, la cause de la maladie peut être éliminée », a expliqué Eric Olson, l’un des auteurs de l’étude. Les scientifiques affirment également que jusqu’à 60 % des personnes atteintes de la maladie pourront être soignées. Une belle lueur d’espoir qui grandira à mesure que la science avancera.