#coronavirus


Abstention, illustration. — UGO AMEZ/SIPA
  • Après un premier vote déjà chamboulé par le coronavirus, le deuxième tour des municipales a de nouveau été marqué par une abstention record, à 58,4 %, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur ce lundi.
  • 20 Minutes a interrogé Jean Chiche, chercheur au Cevipof, sur ce record d’abstention.
  • Pour lui, l’abstention « est le fait marquant de ce second tour, avant la vague verte des écologistes ».

Une nouvelle claque démocratique. Trois mois après un premier vote déjà chamboulé par
le coronavirus, le deuxième tour des 
municipales a de nouveau été marqué ce dimanche
par une abstention record, à 58,4 % à l’échelle nationale. Malgré les précautions sanitaires, une large majorité de Français ne s’est pas déplacée aux urnes. Peut-on expliquer cette faible participation par la peur d’être contaminé par l’épidémie ? On en parle avec Jean Chiche,
chercheur au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po.

A quel niveau le taux d’abstention se situe-t-il ?

C’est un record historique, pour les municipales, c’est évident, on n’a jamais vu de niveaux aussi hauts. Plus généralement, les seules élections qui ont un score comparable depuis 1958 sont les Européennes de 2014, avec 57,57 %, ou celles de 2009, avec 59,37 %. Il faut noter que ce dimanche, il n’y avait que 5.000 communes à pourvoir, ce qui représente environ 38 % du corps électoral, et dans ces villes, le taux d’abstention était déjà de 57.5 % au premier tour.

Ce qui est atypique et anormal, c’est la progression de l’abstention. En général, dans les grandes villes, on remarque plutôt une progression de 2 à 3 points entre les deux tours. Là, ça a été l’inverse dans de nombreuses villes, à Lille, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse…. En principe, l’échelon municipal est celui que les Français préfèrent, c’est donc une abstention inouïe. C’est le fait marquant de ce second tour, avant la vague verte des écologistes.

Comment l’expliquer ?

Au premier tour, une partie des électeurs a eu la crainte de se déplacer, car on ne connaissait pas bien le coronavirus.
Les cafés avaient fermé la veille, ce n’était pas très incitatif. On peut se dire aussi que l’acte électoral est un acte répétitif. Quand on donne son avis au premier tour, on aime le donner au second. Là, on peut imaginer que l’acte répétitif a aussi joué dans le fait de ne pas aller voter. Mais le coronavirus ne suffit pas à expliquer cette abstention historique.

Jean-Luc Mélenchon a évoqué hier « une grève civique » et « une forme d’insurrection froide contre toutes les institutions du pays ». C’est la défiance envers la classe politique que l’on retrouve dans toutes nos enquêtes. On parlait d’ailleurs déjà de grèves des urnes dans les années 1990 avec la montée régulière de l’abstention. Mais ce qui est nouveau ici, c’est l’intensité du phénomène. Et que cette défiance s’applique contre le maire, l’élu traditionnellement préféré des Français.

Selon plusieurs sondages, une partie des Français interrogée quelques jours plus tôt ne savait pas qu’il y avait une élection dans sa commune. Comment l’expliquer ?

Ce n’est pas étonnant car chacun s’informe aujourd’hui de manière diverse, notamment à travers les réseaux sociaux, chacun reste dans sa bulle. Les personnes ont également appris à zapper l’information qu’ils ne jugent pas utile : quand ils voient un titre politique, ils zappent, sans s’y intéresser. Et la campagne particulière liée au Covid-19 n’a pas permis de créer le lien habituel entre l’offre politique et les électeurs.

Sait-on qui sont les abstentionnistes ?

Il n’y a pas encore d’enquête sur le second tour, donc mieux ne vaut pas s’avancer. Mais j’ai le sentiment qu’il y avait trois France ce dimanche : une France désabusée et méfiante, majoritaire, qui a fait la grève des urnes, et dont on ne connaît pas la couleur politique. Une France des petites villes, qui a voté au premier tour, et a confirmé les maires sortants PS et LR dans les communes moyennes. Et une France métropole qui a voté principalement pour les écologistes.

Si l’on regarde l’histoire du vote en France, on remarque une volonté d’inclure de plus en plus de Français (fin du régime censitaire, vote des femmes, abaissement à 18 ans…) mais paradoxalement, depuis plusieurs années, les Français sont de plus en plus nombreux à s’y désintéresser…

Une partie des Français a le sentiment d’être exclue, estimant que les élus ne tiennent pas leurs promesses. C’est un échec des institutions, peut-être que la Ve République a fait son temps, que le système majoritaire à deux tours également. Il est temps d’interroger notre système démocratique pour mieux intégrer la proportionnelle, par exemple, ou ajouter de la démocratie participative… Il faut trouver d’autres formes qui permettent aux citoyens de se sentir mieux représentés, leur donner envie de participer de nouveau au débat.



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